Mettre à l’abri

En ouvrant « Un captif amoureux » de Jean Genet, j’ai trouvé cette phrase, une citation en forme de note manuscrite en tête des épreuves :

« Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles,car elles sont dans le désert, où il faut aller les chercher. »

Lorsque le quotidien m’hypnotise au point que je ne trouve rien à inventer,  que le découragement et la force d’inertie l’emportent, que la mémoire des sensations vécues se dissipe, et qu’elles s’évanouissent alors comme les rêves du petit matin…

Penser à me souvenir de cette phrase.




L’hiver 1829

L’hiver 1829

Je  ne résiste pas au plaisir de vous citer ce passage de la correspondance de la Marquise inconnue avec Chateaubriand sur les frimas  de l’hiver 1829

Madame la Marquise de V… à Chateaubriand le 23 janvier 1829 :

« L’hiver a pourtant des rigueurs extraordinaires ; cette nuit, il est tombé près de deux pieds de neige, et me voilà renfermée pour quelques jours.(…) On ne voit ni ciel, ni terre, ni rivière, ni montagnes ; on ne distingue plus que quelques traits noirs sur la blancheur de la neige ; l’horizon est à dix pas. Les eaux sont enchaînées ; nul vent ne souffle. On n’entend point de bruit. L’air est glacé. Mais mon cœur joyeux bat plus vite, à l’espoir de votre prochain retour qui m’est encore rendu, et ce deuil de la nature n’offre à mes regards satisfaits qu’un spectacle agréable et nouveau. Un feu brillant égaie ma chambre. De gros bouquets de roses, de narcisses, et de violettes, en parfument l’air, et mon cher Piétrino , ravi de me revoir, chante sa plus longue chanson de montagne. »

Piétrino est un rouge-gorge qui vient rendre visite l’hiver à la Marquise comme elle le précise ensuite.

Mais que valait le pied à cette époque là ?

Le Moulin sous la neige

Le soleil brille à nouveau sur une ville blanchie. Le départ en voiture pour le marché de Noël de Strasbourg n’aura pas eu lieu, intempéries obligent.

Hier le moulin a failli disparaître sous la neige.

Restent les lectures possibles : « La correspondance de Chateaubriand avec la Marquise de V…»

Pierre Michon « Le roi vient quand il veut »,

les « Lettres en provenance de la nuit » de Nelly Sachs récemment traduites par Bernard Pautrat,

« Vers l’âge d’homme » de J.M. Coetzee.

J’aime la neige à Paris.

Lire ou le marché de Noël ?

Oui il fait froid et cela n’incite pas à se remuer, mais à rester chez soi, à ne pas bouger de son canapé et lire.

Mais voilà.

On ne peut pas lire toute la journée disait un de mes amis.

Mais alors on peut écrire sans doute. Un petit mot pour les autres, pour voir s’ils sont toujours là, si le ciel trop gris qui recouvre la ville ne les a pas fait fuir, au-delà des ses murs , hors de ses enceintes vers des chemins enneigés, éclatants de blancheur ou vers d’autres horizons de ciel bleu et lumineux à l’autre bout du monde. J’en connais, je vous assure.

On peut rêver d’autres horizons ou  bien faire un tour au marché de Noël…

Oui, mais alors on peut aussi lire.

Probablement…