Une décision troublante

Comment une décision prise peut-elle nous faire vaciller au point de nous faire perdre une nuit de sommeil, provoquer une telle incertitude, voilà ce que je me demande le matin au réveil alors que l’appréhension fait peu à peu place à la perspective du plaisir de la découverte, de la révélation qu’amènera ma décision de partir en voyage, loin, à l’autre bout du monde, vers un continent où je ne suis jamais allée.

Comme si j’étais déjà au moment de prendre cette décision arrachée à mon univers familier, transportée dans l’instant même dans un ailleurs dérangeant et bouleversant. D’avoir fait surgir cet inconnu en moi simplement en prenant un billet d’avion, me dérange et me déstabilise.

Je suis étonnée, bouleversée même par la découverte de ce désir de vouloir partir que je ne soupçonnais pas. Une douloureuse envie de s’arracher.

J’ai dû connaître d’autres moments de ce genre dans ma vie, de ces moments où brusquement s’ouvre un gouffre qui nous révèle parfois cruellement que nous ne sommes pas entièrement ce que nous croyons être, que notre discours sur nous-mêmes trahit une autre réalité cachée. Mais il est vrai qu’après l’instant du vacillement vient la découverte du plaisir d’avoir simplement osé.

Quelques instants sur une plage

Quelques instants sur une plage de Fécamp.
Les galets  s’entrechoquent au mouvement régulier des vagues qui les polissent tandis que je me demande ce qui bouge ainsi inexorablement au fond de moi, quel est ce mouvement de flux et de reflux qui me tourne légèrement la tête ?
C’est ce même mouvement inexorable entre le flot d’événements qui m’entraîne dans son tourbillon, quelquefois en dehors de ma volonté et l’équilibre que je cherche à garder, qui me donne l’espoir qu’après ce flux, viendront l’apaisement, la résolution, le reflux qui emportera tout ce qui doit être abandonné.
Et nous pourrions sortir vainqueurs de cette force qui use et affine en même temps, si nous nous laissions transporter. Nous pourrions alors, au prix d’un léger vertige, nous démunir de ces vieux oripeaux qui nous encombrent et ne nous apportent la plupart du temps plus aucun plaisir.

J’ai longtemps cru qu’écrire était se débarrasser d’une surcharge de mots coincés au fond de notre gorge, qu’il s’agissait de déverser un trop-plein en remplissant une page blanche alors que peut-être les mots ne peuvent venir qu’après ce lent travail de polissage.