Trop blanc

Toute cette immobilité. Ici rien ne bouge dans le ciel, les nuages restent figés dans leur forme, pas un bruissement dans les arbres, leurs feuilles sont muettes, sur l’eau aucune vaguelette, tous les mouvements se sont arrêtés comme les aiguilles bloquées d’une horloge.

Dans ce souffle de vie retenu, le monde s’est comme vidé. Déserté de toute substance. Dans cette fixité de l’air, respirons-nous encore ?

Sommes-nous en suspens ?

Qu’ai-je donc perdu de ce que je ne savais pas posséder ?

De quoi me suis-je ainsi détachée ?

Le temps a cessé d’avancer. Les murs ne portent aucune trace. Écran blanc, page à remplir. Mais quand la nuit viendra, les souvenirs hanteront ces lieux et animeront les murs.

Je suis attachée à certains chemins et mes pas me mènent sur les sentiers broussailleux de ma mémoire à la recherche de traces d’écritures comme on cherche et espère trouver des fossiles dans une terre fraîchement labourée.

Seules la nuit et l’obscurité redonneront vie à certains lieux, des ombres se faufileront et repeupleront un paysage désert ou encore inexploré. Les images se superposeront jusqu’à saturation formant une épaisse couche comme ces anciennes tapisseries que l’on arrache et qui en révèlent d’autres plus anciennes.

Des murs comme un miroir sur lequel des traces viendront s’inscrire ou comme un visage projeté sur cette surface blanche sur lequel je pourrai écrire tous les mots manquants. Ceux retenus, avalés, ceux détournés pour ne pas choquer, froisser, blesser et qui comme une projection de peinture viendront maculer des surfaces trop lisses.

Des mots expulsés, jetés, crachés par une soudaine poussée de fièvre, dripping de mes souvenirs enfouis,  dégoulinade de mes émotions oubliées, une envie de barbouiller, d’éclabousser les surfaces.

Désir d’enfant retrouvé.

Villa Savoye Le Corbusier

Villa Savoye Le Corbusier

2014-05-04 à 11-43-44

Villa Savoye Le Corbusier

Villa Savoye Le Corbusier

 

 

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6 réflexions sur “Trop blanc

  1. Pingback: Banlieue, rhapsodie triste (Atelier de réécriture : Avant l’amour n. 12) | le portrait inconscient

  2. Pingback: LE CORBUSIER … LA COINCIDENZA E IL SOTTOSCALA … | Archiwatch

  3. Merci Giovanni pour cette mention sur votre site italien. ma connaissance de la langue italienne ne me permet pas de tout comprendre mais j’y sens votre sympathie

  4. Pingback: Banlieue, rhapsodie triste (Vers un atelier de réécriture poétique n. 12) | le portrait inconscient

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