Verte Normandie

Premier jour de participation au challenge « photos de la nature » qui m’a été lancé par Françoise Gérard à l’initiative de Françoise Renaud, et que je remercie. Uniquement des photos prises par moi, c’est le but du jeu. J’invite Hue Lanlan à prendre le relais (sans obligation!) chaque jour pendant 7 jours pour partager une photo prise et choisie par elle sur le thème de la nature…

Jardin en Normandie

Publicités

Il aurait suffi qu’on me dise…

imageDevrai-je laisser partir ce qui me quitte, ne rien retenir, ne rien forcer?

Devrais-je cisailler définitivement ce lien de la vie, sans regret et sans pleurs et vivre ce départ comme une rupture, une morsure dans ma chair trop sensible ?

Les mots m’ont abandonnée, ils se sont dérobés, m’ont délaissée par lassitude sans doute. Je les ai recherchés longtemps, l’écriture ne pouvait pas s’évanouir ainsi, ni le désir si ancien d’inscrire des mots sur une feuille blanche, cela ne se pouvait.

Je les ai appelés, convoqués, mais rien, ils ne sont pas revenus.

Qu’on me chuchote des mots de consolation dans la nuit tombée trop tôt des mots oubliés, rejetés et perdus depuis longtemps, ceux que je ne trouve plus jusqu’à ce que la nuit m’enveloppe et devienne cette amie qui m’accueillait naguère et murmurait à mon oreille.

Il aurait suffi qu’on me dise que cette amie, celle dont l’absence comme une vieille cicatrice démange encore ma peau trop sensible, que cette amie devenue indifférente allait me quitter au bord d’un chemin que je ne pouvais ou ne voulais plus prendre pour que je ne la cherche pas en vain comme une hallucinée.

Tout ce qui s’éloigne de moi rétrécit mes territoires. J’attends la nuit pour atteindre une cachette connue de moi seule. Là m’abandonnant dans le dépouillement et l’allègement, une légère agitation deviendra ma compagne, une intranquillité vigilante, un doute salutaire m’habitera alors.

 

 

Pas un bruit autour de moi

Pas un bruit autour de moi, rien que le voile imperceptible du silence qui m’entoure et m’isole. Pourtant je ne suis pas seule dans cette salle aux murs blancs. D’autres gens circulent, s’absorbent dans la contemplation d’un tableau accroché au mur ou se penchent sur une vitrine. Personne ne cherche à déchirer cette enveloppe pourtant si légère qui nous protège, nous sommes tous happés, tout à notre contemplation, chacun de nous a rejoint son propre territoire et erre au milieu de ses connexions personnelles, incommunicables aux autres.

Combien d’univers, de mondes différents se côtoient-ils simultanément dans cette salle ? Combien d’imaginaires se frôlent sans jamais s’interpénétrer ? Immense réseau de mots, de souvenirs, d’images, de sensations colorées. Réservoir inépuisable et pourtant inaccessible d’intimités qui se frottent entre elles sans s’unir, s’ignorant les unes les autres, dans une vibration pourtant commune, les regards tournés parfois dans la même direction.

À présent du fond de ma retraite, je contemple la mer en suivant des yeux la presqu’île rocheuse qui me fait face, les seuls bruits qui troublent le silence sont les chants des oiseaux et parfois le susurrement du vent dans les feuillages.

Ici pas de tableaux, mais tous les univers côtoyés jusqu’à présent m’accompagnent, résonnent pour peupler ce silence de leurs ramifications, oubli et réminiscence de tout ce qui m’a effleuré sur les chemins qui m’ont menée jusqu’ici.

Traversée

Traversée

Lire la suite

Déambulation

Chaque déambulation nous sollicite et offre matière à rêverie ou à méditation. Comme un signe ou un appel, quelque chose nous happe sur notre chemin à chacun de nos pas.

Je marche sur un sentier. Pas un caillou, pas un arbre, pas une brindille qui ne soient à même de faire surgir ce que je n’attendais pas, même ce vieux vélo posé contre un mur.

Daphné Anselm Kiefer

                                                                    Daphné ( Anselm Kiefer)

Chaque mousse me parle et dessine des formes gardées en mémoire. Minérales, végétales ou vivantes, elles deviendront les canevas de ce que nous verrons encore. Chaque œuvre d’art sera la reconnaissance inconsciente de ce que nous avons déjà vu, de ce qui était déjà dessiné en nous.

À chacun de nos pas, nous rencontrons ce que nous possédons déjà au fond de nous, et dont nous sommes dépositaires.

Je me vois, me reconnais, me retrouve dans les flaques d’eau boueuse sur mes chemins hivernaux, dans la surface brillante des plaques de glaces ou dans l’eau vive des ruisseaux en été. Le ciel s’y reflète et notre intuition artistique nous vient des formes et des contours que nous avons croisés partout sur notre parcours.

Der verlorene Buchstabe ( Anselm Kiefer)

                                                 Der verlorene Buchstabe ( Anselm Kiefer)

Me revient la vision de toutes les branches tordues, des rochers dans lesquels l’enfant que j’étais entrevoyait des têtes d’animaux ou de personnages énigmatiques, de tous ces nuages qui prenaient des contours d’objets connus ou de personnes, des plis du rideau qui s’agitaient la nuit dans ma chambre.

La promeneuse ranime sur son passage et révèle, telle une magicienne redonnant des couleurs à tout ce qui l’entoure, toute cette vie imaginaire de l’enfant qu’elle était, l’enfant qui savait transformer les apparences, imaginer des mondes dans des traces de cendres, de rouille ou dans quelques branchages desséchés.

Anselm Kiefer Pompidou-7

                                                Anselm Kiefer Centre Pompidou février 2016

 

 

 

 

Déstabiliser

Les nuages passent au-dessus de moi, la tête me tourne et un vertige me prend.

28122015-Ciels au Wolsthof-6

Ciels au Wolshof

28122015-Ciels au Wolsthof-6Il suffirait de déstabiliser, désorienter, déséquilibrer celui qui regarde dans un éloge du fragile, de l’instable, du précaire, de tout ce qui bouge et ne se remet pas en place, dans un hommage au vent et à l’éphémère, au sable qui n’a pas de forme, à la plume qui volette autour de ma tête, à l’eau qui coule et ne revient jamais au même endroit, à l’écume qu’on ne peut saisir.

28122015-Ciels au Wolsthof-4

29122015-Ciels au Wolsthof-3Il suffirait de se laisser bercer par le fluctuant, le mouvant, de n’avoir pour se retenir que de frêles branchages, du sable sous les pieds, de la mousse.
27122015-Ciels au Wolsthof-2
 Il suffirait de se perdre dans des apparences changeantes comme dans un labyrinthe et de susciter cet instant de trouble quand le corps vacille légèrement et tremble.27122015-Ciels au Wolsthof-11

27122015-Ciels au Wolsthof-10Il suffirait de vivre tous ces moments de léger basculement lorsque je m’aperçois en me retournant, avec un sentiment de légère panique, que la plage est loin derrière moi, que je n‘ai plus pied depuis longtemps, de me souvenir aussi de ces instants d’affolement lorsqu’ayant perdu mon chemin en montagne je comprends que je tourne en rond depuis un long moment

27122015-Ciels au Wolsthof-7Lorsque mes sens me trompent, je deviens vulnérable, je perds pied et vacille tandis que mes repères disparaissent. Tous ces interstices entre lesquels je navigue régulièrement, sont autant de moments que je peux mettre à profit pour me lester de toutes mes certitudes, et rejeter ce qui en moi est fixité, consistance et dureté. Écrire dans ces entrebâillements, dans les marges de la fragilité et du vertige. Trouver mes mots dans ce déséquilibre et tous ces faux pas.

Deviendrai-je alors comme ce nuage qui s’effiloche dans le ciel et reprend forme un peu plus loin ou comme cette plume qui danse en déposant au gré du vent quelques traces sur une page blanche ?

 

 

 

Je me souviens de maisons

Il s’est ancré en moi certains traits de toutes les maisons que j’ai connues, celles de ma famille, peu nombreuses, à Paris ou en Alsace, les miennes ou celles de mes amis que j’ai partagées quelques jours avec eux, toutes celles que j’ai imaginées en lisant Balzac, Tolstoï, Chateaubriand ou Duras et tous les écrivains que j’aimais. Ils m’invitaient dans leur maison ou celle de leurs personnages, je partageais leurs lieux le temps de ma lecture, à Balbec, ou à Combourg. Toutes celles aussi dont j’ai rêvé, où j’ai imaginé vivre pendant quelques instants.

Elles reflètent parfois les traits de leurs propriétaires, tolèrent une approche discrète de la personnalité de chacun d’eux. Vides ou saturées d’objets, remplies d’étagères et de bibliothèques bourrées de livres ou de bibelots, elles indiquent bien sûr le milieu social et les goûts de leurs habitants, mais disent aussi contre quoi nous voulons tous nous préserver, ce qui ne doit pas pénétrer dans ce lieu protégé, ce que nous craignons venant de l’extérieur. J’ai en moi des façades fleuries derrière lesquelles je cache mes déceptions les plus secrètes, j’ai des toits qui m’abritent et me protègent des intempéries, j’ai des chambres cachées, des abris en coin et recoins tapissés de rideaux et de lourdes couvertures, et j’ai des fenêtres qui s’ouvrent sur un ciel infini, sur des prés toujours verdoyants, j’ai des portes que j’ouvre ou referme selon mes humeurs, des escaliers intérieurs qui mènent vers des soupentes, et des mansardes poussiéreuses.

J’ai en moi d’immenses baies vitrées qui s’ouvrent sur des montagnes aux sommets enneigés, de larges fenêtres aux percées béantes mais aussi de minuscules lucarnes découpant un espace exigu dans le ciel, et des fenêtres étroites dans des maisons très anciennes.

Maison Roussillon

Maisons Roussillon

On les trouve tout au bout de sentiers sombres dans des forêts de sapins, ou bien près d’un ruisseau, d’une rivière, à quelques pas de la mer ou des pistes enneigées des flancs de montagne, que ce soient des refuges de montagne rudimentaires mais tellement bienvenus après tant d’efforts pour y accéder, ou des maisons radieuses dans des îles grecques au bord de la mer Égée, pénétrées de soleil, aux terrasses brûlantes j’y trouve le repos et le soulagement après une marche harassante ou un voyage mouvementé.

Maison Corse

Maisons en Corse

L’écriture est-elle susceptible de me rendre ces maisons ? Peut-elle mettre au jour l’influence qu’elles ont eue sur moi au moment même où je les occupais ? Comment faire renaître l’atmosphère particulière de chacune d’elles?

Maison Bali 3

Intérieur maison Bali

Aucune photo ne me rendra jamais ces fragments de temps que j’ai laissés entre tous ces murs. Écrire c’est jeter des pierres pour retrouver mon chemin, c’est retrouver une géographie, une carte un peu effacée de mes parcours.

Maison Bali

Maison Munduk Bali

Comme le vent soulève la poussière du chemin à notre passage, parfois nous sera révélé longtemps après, quand on ne s’y attend pas, au détour d’un chemin, un parfum familier, quelques notes de musique, les traits d’un visage, ou un mot entendu en passant alors des images surgiront, avec elles des émotions restées entre les murs de ces maisons anciennes.