L’ inattendu

Je cherche régulièrement à m’expliquer pourquoi je ne me remets pas à l’écriture, cette pratique régulière chez les uns, épisodique pour d’autres qu’il m’est arrivé d’avoir à la recherche des mots qui s’approcheraient le plus possible de mon expérience et rendraient compte de moi-même, des autres et du monde qui m’entoure.

Voilà à quoi je pense dans la salle d’attente d’un cabinet médical remplie essentiellement de femmes, alors que me revient le souvenir de cette balade dans les bois en Alsace au moment même où deux biches avaient soudain surgi sur mon chemin et que, me figeant sur place, respirant à peine pour ne pas les effrayer, je les regardais tandis qu’elles m’observaient elles aussi dans la même attitude d’attente curieuse. Ce moment de surprise, du surgissement de l’inattendu est probablement ce que nous cherchons en voulant écrire, cette chose insoupçonnée, qui affleure à l’improviste à certains moments de notre vie quand la chance est avec nous.

C’est ainsi que nous attendons ce moment si particulier où surgira ce qui, de nous, était caché dans le bois.

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Une histoire qui colle à la peau

Revu  l’autre soir « Les fraises sauvages » de Bergman à la télévision.  Quel beau film, toujours visible en 2010,  le portrait sans complaisance d’un vieil homme trop rigide et peu sensible à son entourage,  son voyage entre le présent et les images de son enfance auxquelles il assite en tant que témoin vieilli.

Pas une ride malgré le passage du temps.

J’avais vu il y a peu à Montreuil une pièce d’Isabelle Rèbre interprétée par Bernard Bloch sur les derniers jours de Bergman, j’ai repensé à l’écriture très fine d’Isabelle Rèbre et de sa pièce en chantier qui dégage une atmosphère entre Tchékhov et Strindberg.

Je suis allée écouter hier Bernard Bloch ( un peu de publicité pour mes amis strasbourgeois) dans sa très belle lecture de son adaptation théâtrale du texte de Kertész à l’institut hongrois «  Le chercheur de traces » qu’il montera l’année prochaine au Centre dramatique National de Dijon. Un très bon moment en compagnie d’un texte qui ne peut laisser indifférent sur les traces, le passage du temps et la mémoire des lieux  douloureux du passé ?

J’ai lu aussi ces jours-ci le livre de Pascale Hugues sur ses deux grands-mères, l’une alsacienne, Marthe et l’autre allemande, Mathilde. Elles ont changé quatre fois de nationalités. Mes deux grands-mères à moi étaient alsaciennes et ont aussi changé quatre fois de nationalité comme tous ceux nés en Alsace avant 1918. Un livre à lire absolument pour tous ceux qui s’intéressent à cette histoire et à cette région.

J’en reparlerai sûrement puisque c’est aussi mon histoire, celle qui me colle à la peau, une histoire de passage et de frontière, une histoire de traces indélébiles.