Suite Copenhague

Une ville encore inconnue est comme une bibliothèque dont on parcourt les rayons les uns après les autres, ravi(e) de tant de découvertes et de promesses de lectures. Tant de livres à lire et de dédales d’allées à emprunter réjouissent les lecteurs. Il m’est souvent arrivé de faire ce rêve dans lequel je découvre, dans un coin de mon appartement, une pièce cachée dont je ne savais pas l’existence et la perspective de ce nouveau lieu, de cette extension d’espace parfaitement insoupçonnée et inattendue me remplit à chaque fois d’une grande joie au réveil. La possibilité de quelque chose d’autre dont je ne me doutais pas me donne alors de l’énergie pour tout la journée.
Copenhague m’est apparue comme une ville de bibliothèques,

20121015-223442.jpg
une ville où les livres ont une nouvelle maison étincelante nommée Diamant Noir
où les parois de verre se confondent avec le ciel,

20121015-223505.jpg

20121015-223425.jpg
Avec des passerelles en verre et métal qui mènent

20121015-223608.jpg
vers les lieux plus anciens qui les abritent encore,

20121015-223834.jpg

 Ou bien sont rangés dans les étagères et mezzanine d’un café restaurant.


20121015-224052.jpg

20121016-165122.jpg

Une ville où les livres peuvent aussi être exposés dans une ancienne laverie devenue café, mais où l’on peut encore laver son linge

pendant que d’autres travaillent dans des bibliothèques rutilantes

sous l’oeil absent de Kierkegaard

20121016-165412.jpg
et celui narquois  et hautain de Karen Blixen.

Publicités

Écrire au 19e siècle

Voilà ce qu’écrit George Sand en octobre 1849 à une jeune femme qui venait de lui envoyer son manuscrit :

 » Mademoiselle,

Si vous êtes pressée de savoir mon opinion, je suis tout à fait désolée; car je vais être forcée de numéroter votre manuscrit au 153. C’est-à-dire que j’ai 153 manuscrits à lire, qui m’ont été envoyés depuis six mois par des personnes inconnues, et c’est ainsi tous les ans.

Comme je suis forcée de travailler pour remplir divers genres de devoirs, il m’est impossible de n’être pas affreusement en arrière. Mais, quand j’aurai lu ces 153 manuscrits, qu’en ferai-je? Trouverai-je 153 éditeurs? Trouverai-je place dans la Revue indépendante, seul journal dont je connaisse le directeur particulièrement, pour 153 manuscrits? Il en a déjà au moins 100 que je lui ai fait passer pour les lire, et je doute que plus que moi il ait le temps de le faire. Probablement, s’il en choisit un, ce sera le meilleur et je désire vivement que ce soit le vôtre. Mais, dans tous les cas, j’aurai cette année 152 ennemis de plus qui penseront, les uns que je suis jalouse de ma réputation menacée par leur succès, les autres que je suis jalouse des personnes de mon sexe. »

Et de rajouter non sans cruauté ce post-scriptum à sa lettre :

« Si votre intention est de faire reprendre votre manuscrit chez moi et que je sois absente, comme il est probable, veuillez faire réclamer le n° 153, on le trouvera cacheté et en ordre. »

On peut se demander si les choses ont beaucoup changé?
Beaucoup de gens écrivaient.
Des femmes aussi, pour se voir adresser le même refus à peine poli et cruel alors qu’ils caressaient l’espoir d’être lus et publiés.

Ici c’est de la part de George Sand, une femme émancipée, libre, une des premières à avoir imposé une séparation à son mari, mais restant néanmoins sous tutelle en ce qui concernait son argent et ses biens, une femme de lettres reconnue.

Mais voilà tout cela se passe bien avant la lecture sur l’IPad ou le Kindle, avant l’édition numérique, qui aurait peut-être changé la vie de cette jeune femme et de bien d’autres auteurs, peut-être pas des écrivains,nous ne le saurons, mais des gens ayant l’envie de s’exprimer et d’écrire.

Aujourd’hui c’est sur un Ipad que j’ai accès à la correspondance de George Sand tandis que le débat sur le numérique bat son plein.

La première page

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais la première page d’un roman a très souvent le pouvoir de me révéler un grand romancier ou un grand écrivain.

Ceux qui écrivent connaissent cette difficulté de trouver le bon début dans toutes les pages écrites, dans cet amoncellement de mots pas toujours dans le bon ordre. Il faut assembler, couper, déplacer des pans entiers.

Je me souviens de ces premières pages qui sont des prémisses d’un plaisir intense. Proust bien sûr mais aussi  « L’homme sans qualités » de Musil. Vous souvenez-vous :

« On signalait une dépression au-dessus de l’Atlantique; elle se déplaçait d’ouest en est en direction d’un anticyclone situé au-dessus de la Russie, et ne manifestait encore aucune tendance à l’éviter par le nord. »

C’est ce qui arrive avec les romans de Louise Erdrich :

 » Le fusil s’enraya après le premier coup de feu et le bébé resta debout, cramponné aux bords du berceau, les yeux fous, hurlant à plein poumons. « 

Et là, on se plaît à s’imaginer une chambre d’hôtel où sans être dérangé on pourra lire d’un trait ce roman jusqu’à la dernière page.

( « La malédiction des colombes » Louise Erdrich).


Mettre à l’abri

En ouvrant « Un captif amoureux » de Jean Genet, j’ai trouvé cette phrase, une citation en forme de note manuscrite en tête des épreuves :

« Mettre à l’abri toutes les images du langage et se servir d’elles,car elles sont dans le désert, où il faut aller les chercher. »

Lorsque le quotidien m’hypnotise au point que je ne trouve rien à inventer,  que le découragement et la force d’inertie l’emportent, que la mémoire des sensations vécues se dissipe, et qu’elles s’évanouissent alors comme les rêves du petit matin…

Penser à me souvenir de cette phrase.




L’hiver 1829

L’hiver 1829

Je  ne résiste pas au plaisir de vous citer ce passage de la correspondance de la Marquise inconnue avec Chateaubriand sur les frimas  de l’hiver 1829

Madame la Marquise de V… à Chateaubriand le 23 janvier 1829 :

« L’hiver a pourtant des rigueurs extraordinaires ; cette nuit, il est tombé près de deux pieds de neige, et me voilà renfermée pour quelques jours.(…) On ne voit ni ciel, ni terre, ni rivière, ni montagnes ; on ne distingue plus que quelques traits noirs sur la blancheur de la neige ; l’horizon est à dix pas. Les eaux sont enchaînées ; nul vent ne souffle. On n’entend point de bruit. L’air est glacé. Mais mon cœur joyeux bat plus vite, à l’espoir de votre prochain retour qui m’est encore rendu, et ce deuil de la nature n’offre à mes regards satisfaits qu’un spectacle agréable et nouveau. Un feu brillant égaie ma chambre. De gros bouquets de roses, de narcisses, et de violettes, en parfument l’air, et mon cher Piétrino , ravi de me revoir, chante sa plus longue chanson de montagne. »

Piétrino est un rouge-gorge qui vient rendre visite l’hiver à la Marquise comme elle le précise ensuite.

Mais que valait le pied à cette époque là ?

Le Moulin sous la neige

Le soleil brille à nouveau sur une ville blanchie. Le départ en voiture pour le marché de Noël de Strasbourg n’aura pas eu lieu, intempéries obligent.

Hier le moulin a failli disparaître sous la neige.

Restent les lectures possibles : « La correspondance de Chateaubriand avec la Marquise de V…»

Pierre Michon « Le roi vient quand il veut »,

les « Lettres en provenance de la nuit » de Nelly Sachs récemment traduites par Bernard Pautrat,

« Vers l’âge d’homme » de J.M. Coetzee.

J’aime la neige à Paris.

Lire ou le marché de Noël ?

Oui il fait froid et cela n’incite pas à se remuer, mais à rester chez soi, à ne pas bouger de son canapé et lire.

Mais voilà.

On ne peut pas lire toute la journée disait un de mes amis.

Mais alors on peut écrire sans doute. Un petit mot pour les autres, pour voir s’ils sont toujours là, si le ciel trop gris qui recouvre la ville ne les a pas fait fuir, au-delà des ses murs , hors de ses enceintes vers des chemins enneigés, éclatants de blancheur ou vers d’autres horizons de ciel bleu et lumineux à l’autre bout du monde. J’en connais, je vous assure.

On peut rêver d’autres horizons ou  bien faire un tour au marché de Noël…

Oui, mais alors on peut aussi lire.

Probablement…