Ombre et lumière

L’enfant n’avait jamais aimé l’ombre, l’irruption passagère d’une ombre l’inquiétait comme pouvait l’inquiéter le passage inopiné d’un nuage dans un ciel d’été si bleu alors que rien ne présageait l’arrivée d’une grisaille dont elle ne savait se défendre. Cela ressemblait à une menace, un pressentiment ou plus exactement le souvenir tourmenté d’un événement qui, s’il n’avait jamais eu lieu, aurait cependant pu advenir. Et la seule perspective ou probabilité de cet événement qu’elle ne connaissait pas l’effrayait. Une masse sombre, compacte comme ce nuage qui passait.

La femme venait de faire quelques pas sur la chaussée encore mouillée. La pluie s’était arrêtée aussi brusquement qu’elle avait commencé pour faire place aux chauds rayons du soleil de l’été naissant.

Elle repensait.

Elle s’arrêta un bref instant au milieu du trottoir obligeant les badauds à la contourner en manifestant leur mécontentement. Ils sont tous si pressés, se disait-elle, où vont-ils donc?  Où comptent-ils se rendre si vite?

Elle venait de se souvenir, revoyait cette lueur si  particulière d’une lointaine journée d’été, où ombre et lumière alternaient dans le ciel d’orage. Ce n’était pas l’orage que l’enfant craignait, se disait-elle, mais ce qu’il représentait, ce  violent surgissement de sensations enfouies, l’apparition de ce qui aurait dû rester caché et qui tentait de venir au jour.

L’enfant attendait le vent. Elle souhaitait cette bourrasque qui balayerait en quelques secondes toute menace imprécise.

L’enfant qu’elle était encore s’agitait toujours au souvenir lointain de cet affolement.

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Quand on écrivait sur des pierres

Quand on écrivait sur des pierres, que chaque signe était le fruit d’une longue méditation de plusieurs centaines de milliers d’années, ou de millions d’années peut-être, qu’il fallait ramper (mais pour quelle raison obscure et encore inconnue de nous) dans des gouffres profonds à la recherche d’un trou étroit, d’une caverne, un ventre maternel suffisamment rassurant pour y inscrire signes et dessins, autant de traces d’une expérience dont nous ne pouvons rien savoir aujourd’hui même si nous poursuivons encore ce même geste maniaque et un peu sorcier d’inscrire des signes à peine différents sur d’autres supports,

Musée National de la Préhistoire Les Eyzies de Tayac

quand on écrivait sur des pierres au fond de gouffres noirs avant de retrouver la lumière,

la caresse du vent sur la peau, les entêtantes odeurs de l’air des chemins

on peut imaginer que ces hommes

(pourquoi suppose t-on  que les femmes n’écrivaient ni ne dessinaient sur les murs des cavernes),

qu’ils se mettaient alors, ces lointains ancêtres, à rêver en attendant que d’autres viennent à leur tour

ajouter d’autres traits, là la forme d’un pied, puis le visage d’une femme et enfin…

le premier mot.


Entre rêve et éveil

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Il faudrait imaginer un voyage vers des lointains de lumière, entre aubes pastels et crépuscules flamboyants là où des marcheurs infatigables se satisferaient du spectacle de la mer, des caresses du vent sur leur peau, puisant dans l’éclat de cette lumière, leur énergie, entre rêve et éveil.

C’était le dernier jour du Festival  » Étonnants voyageurs » à Saint -Malo