Quand on écrivait sur des pierres

Quand on écrivait sur des pierres, que chaque signe était le fruit d’une longue méditation de plusieurs centaines de milliers d’années, ou de millions d’années peut-être, qu’il fallait ramper (mais pour quelle raison obscure et encore inconnue de nous) dans des gouffres profonds à la recherche d’un trou étroit, d’une caverne, un ventre maternel suffisamment rassurant pour y inscrire signes et dessins, autant de traces d’une expérience dont nous ne pouvons rien savoir aujourd’hui même si nous poursuivons encore ce même geste maniaque et un peu sorcier d’inscrire des signes à peine différents sur d’autres supports,

Musée National de la Préhistoire Les Eyzies de Tayac

quand on écrivait sur des pierres au fond de gouffres noirs avant de retrouver la lumière,

la caresse du vent sur la peau, les entêtantes odeurs de l’air des chemins

on peut imaginer que ces hommes

(pourquoi suppose t-on  que les femmes n’écrivaient ni ne dessinaient sur les murs des cavernes),

qu’ils se mettaient alors, ces lointains ancêtres, à rêver en attendant que d’autres viennent à leur tour

ajouter d’autres traits, là la forme d’un pied, puis le visage d’une femme et enfin…

le premier mot.


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