Rencontre


Avait-elle jamais cru à l’éventualité de le rencontrer un jour par hasard  au coin d’une rue, arrêté au bord d’un trottoir de la ville? Il avait disparu de sa vie depuis de nombreuses années mais son apparition aussi brutale qu’inattendue provoquait une telle remontée de souvenirs qu’elle ne parvenait pas à associer l’image de l’homme qu’elle voyait devant elle ( elle n’était même pas certaine de l’avoir reconnu) à celle de l’homme qu’elle avait connu, ni même de savoir avec certitude s’il y avait une ressemblance entre ces deux images pourtant il hantait  et envahissait à présent  sa mémoire. Tant d’images devant ses yeux, des sons et des odeurs, des mots revenaient dans un vertige qu’elle ne contrôlait pas et qui lui faisait perdre l’équilibre.

Il ne l’avait pas remarqué lui sembla-t’il et il s’apprêtait maintenant à traverser la rue.

Elle n’était même plus certaine de ce qu’elle avait su à l’époque à son sujet ni même si elle avait vraiment su quelque chose.

C’était comme si l’homme qui passait à présent près d’elle sans la regarder était dépositaire d’un fragment de son histoire qu’il lui restituait au passage.

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Elle se disait…

Elle se disait que la vieillesse est le révélateur de toutes les inégalités, le lieu même de l’injustice. Les uns la traversent avec honneur et dignité tandis que d’autres, irrévocablement démunis, ont peu à peu perdu leur dignité. Sans  même s’en être aperçus, ils sont devenus des êtres dépendants, que nous refusons de reconnaître, répétant sans cesse les mêmes mots, les mêmes propos sur le temps ou sur la soupe qu’on vient de leur servir, ne se souvenant plus de qui ils étaient, de leurs goûts, de leurs préférences. Lentement, mais inexorablement ils nous rejettent de leur univers, ils ont oublié leur attachement pour nous,  nous leur sommes, nous leurs enfants, indifférents, tous les liens se sont défaits. Ils nous échappent, offusquent et choquent notre toute-puissance, notre illusion de maîtrise. Nous sommes abandonnés, seuls avec notre impuissance à les sauver de la destruction.

Une femme qui souffre

Rencontré l’autre jour une femme qui souffre .

Une femme blessée, malade, au bord des larmes, se sentant agressée à chaque sujet abordé ou mot que l’on prononce, une femme désespérée, cherchant du regard le secours des autres et le refusant dans le même temps, car « Non elle va très bien et tient à le dire et à le répéter, elle n’a besoin de personne et s’en sort très bien toute seule ».

Il y avait longtemps qu’il ne m’était pas arrivé d’être témoin d’une telle souffrance qui si elle n’est pas une révélatio ( je connais cette personne depuis plusieurs années) est tout de même toujours un étonnement auquel on ne s’attend pas et une révélation à laquelle on ne voudrait pas assister. Par pudeur peut-être ou parce que, impuissante, culpabilisée aussi par un tel déballage de mal-être et d’intimité souffrante, j’étais bien incapable de me sortir de cette situation gênante et d’aider d’une manière ou d’une autre cette femme souffrante.

Portrait d’un jeune homme

C’est un jeune homme ( à peine 30 ans) ambitieux, mû par un arrivisme et un goût du pouvoir forcenés.

Il se croit indispensable, tout va bien grâce à lui ou tout va mal à cause des autres.

Jamais solidaire. Il se sent seul à la proue d’un énorme navire.

Abandonné de tous, personne ne cherche à le suivre sur son chemin. Que faire face à ce genre de personnage se demande-t-on quand on a affaire à lui ?

Je le laisse partir seul devant et creuser la distance.