Rencontre


Avait-elle jamais cru à l’éventualité de le rencontrer un jour par hasard  au coin d’une rue, arrêté au bord d’un trottoir de la ville? Il avait disparu de sa vie depuis de nombreuses années mais son apparition aussi brutale qu’inattendue provoquait une telle remontée de souvenirs qu’elle ne parvenait pas à associer l’image de l’homme qu’elle voyait devant elle ( elle n’était même pas certaine de l’avoir reconnu) à celle de l’homme qu’elle avait connu, ni même de savoir avec certitude s’il y avait une ressemblance entre ces deux images pourtant il hantait  et envahissait à présent  sa mémoire. Tant d’images devant ses yeux, des sons et des odeurs, des mots revenaient dans un vertige qu’elle ne contrôlait pas et qui lui faisait perdre l’équilibre.

Il ne l’avait pas remarqué lui sembla-t’il et il s’apprêtait maintenant à traverser la rue.

Elle n’était même plus certaine de ce qu’elle avait su à l’époque à son sujet ni même si elle avait vraiment su quelque chose.

C’était comme si l’homme qui passait à présent près d’elle sans la regarder était dépositaire d’un fragment de son histoire qu’il lui restituait au passage.

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La Ville

La ville qui m’émeut le plus, est celle qui au petit matin s’éveille à peine et cache encore pour un moment les secrets de ceux qui ne parviennent pas à rentrer chez eux,  celle qui protège pour quelques instants encore tous ceux qui, dans l’hébétude, ne savent plus vraiment où ils sont chez eux, ceux qui, à force de souffrance et de sentiment de solitude, ne peuvent plus rien décider de ce qui les concerne et ne savent plus rêver tandis qu’ils traînent nuit après nuit à la recherche d’une lumière dont ils gardent encore le souvenir au plus profond d’eux-mêmes.

Rue Paris la nuit

J’ouvre mes fenêtres sur le jour encore hésitant pour retrouver le monde qui s’éveille. Dans un instant j’irai m’asseoir à ma table de travail et je tenterai d’écrire quelques mots maladroits. Je respire profondément cet air de la nuit finissante comme pour m’imprégner de ces quelques instants avant la levée du jour qui cachera aux yeux de tous, par sa  clarté aveuglante, les derniers relents de misère et recouvrira d’une épaisse couche d’oubli ce déballage de solitude et de malheur, avec l’espoir que je serai encore capable de capter et d’extirper de la profondeur de cette nuit qui finissante, quelque chose de ce que nous refoulons et refusons de voir au grand jour.

Paris la nuit

Suite Copenhague

Une ville encore inconnue est comme une bibliothèque dont on parcourt les rayons les uns après les autres, ravi(e) de tant de découvertes et de promesses de lectures. Tant de livres à lire et de dédales d’allées à emprunter réjouissent les lecteurs. Il m’est souvent arrivé de faire ce rêve dans lequel je découvre, dans un coin de mon appartement, une pièce cachée dont je ne savais pas l’existence et la perspective de ce nouveau lieu, de cette extension d’espace parfaitement insoupçonnée et inattendue me remplit à chaque fois d’une grande joie au réveil. La possibilité de quelque chose d’autre dont je ne me doutais pas me donne alors de l’énergie pour tout la journée.
Copenhague m’est apparue comme une ville de bibliothèques,

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une ville où les livres ont une nouvelle maison étincelante nommée Diamant Noir
où les parois de verre se confondent avec le ciel,

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Avec des passerelles en verre et métal qui mènent

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vers les lieux plus anciens qui les abritent encore,

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 Ou bien sont rangés dans les étagères et mezzanine d’un café restaurant.


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Une ville où les livres peuvent aussi être exposés dans une ancienne laverie devenue café, mais où l’on peut encore laver son linge

pendant que d’autres travaillent dans des bibliothèques rutilantes

sous l’oeil absent de Kierkegaard

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et celui narquois  et hautain de Karen Blixen.

Copenhague

Les premières impressions d’un lieu que l’on découvre dévoilent des territoires qui nous sont inconnus, étrangers à ce que nous sommes ou croyons être. Une ville dans un pays  ignoré jusque là, méconnu probablement et nous voilà devant des étendues nouvelles à apprivoiser.

« S vous prenez une carte du Danemark et que vous y jetez un oeil, vous verrez que la péninsule du Jutland, au nord, se finit en pointe et que les deux Mers se rencontrent autour de cette pointe. Je crois que c’est un phénomène unique au monde. C’est là que je me trouve, dans un petit hôtel, à travailler comme une esclave, et j’espère pouvoir terminer mon livre ici dans quelques mois. » Karen Blixen à propos de  » La ferme africaine » dans Lettres du Danemark (1931-1962).

Ainsi ne cessons nous de nous demander où nous nous trouvons exactement dans ce pays. Face à la mer du Nord? Devant la Baltique? Au bord du détroit de l’ Øresund ? Comment se situer devant ce « phénomène unique au monde », dans ce lieu où les édifices eux mêmes  semblent suspendus entre les eaux de deux mers.

Je maintiens mon équilibre dans les rues de la ville entre le froid qui me surprend à cette époque de douceur automnale et le vent qui s’engouffre par rafales,  et j’avance à la recherche de lieux que je pourrais nommer.

Vue sur Copenhague depuis l’avion

Jour de pluie à  Copenhague

Nyhavn

Skuespilhuset ( Royal Danish Playhouse)

resund depuis le Louisiana

Vue sur l’Øreseund depuis le Louisiana

Vue sur l’Øresund depuis le Louisiana

 

Feuilletage

En descendant la rue des Martyrs, je levais souvent les yeux au même endroit.

Derrière les vitres de hautes fenêtres d’un atelier, j’apercevais alors des masques gigantesques en papier mâché entreposés là, des personnages de carnaval et de corso fleuri, figures grotesques inanimées.

L’immeuble a été rasé depuis peu et, sur le mur sont apparues, réapparues plus exactement deux grandes affiches publicitaires protégées par du plastique.  Ripolin et la liqueur Bénédictine. Des vestiges des années 50 ou 60. Parfaitement intactes avec des couleurs que l’on devine encore brillantes et vives derrière le plastique qui les protège.

Une coupe verticale dans le temps pour une véritable archéologie des villes, le feuilletage des pages d’un livre qui nous transporte brusquement dans un autre temps figé mais encore lisible.